Un front républicain des religions ?

Chacun l’a dit au ministre de l’Intérieur. Ils apprécient beaucoup Anouar Kbibech et le travail que celui-ci mène à la tête du Conseil français du culte musulman (CFCM). L’ambiance est manifestement chaleureuse, ce mardi matin, entre les différents responsables religieux (catholique, protestant, orthodoxe, juif et musulman). Place Beauvau, Bernard Cazeneuve, en charge des cultes, les reçoit pour un petit-déjeuner.

«Cela a été inscrit à l’agenda, il y a une semaine», précise François Clavairoly, le président de la Fédération protestante de France (FPF). Depuis les attentats de janvier, le ministre de l’Intérieur encourage fortement le dialogue entre les religions, l’objectif étant d’empêcher les fractures de se creuser au sein de la société.

Anouar Kbibech, n’a pas, de fait, démérité. En poste depuis six mois, dans le contexte tendu des attentats, il assure une succession difficile à la tête de l’institution, discréditée parmi les musulmans. «Le ton du CFCM a changé, estime François Clavairoly. Il a des positions claires notamment sur la question de la formation des imams.» Le CFCM a mis en chantier un processus d’habilitation afin de s’assurer que les imams officiant sur le sol français ont reçu une formation adéquate. «En étant clairs, nous controns la tentation qu’auraient certains de commettre des actes antimusulmans», répond, de son côté, Anouar Kbibech. En la matière, l’initiative prise par le CFCM de rassembler 400 cadres religieux musulmans à l’Institut du monde arabe, fin novembre à Paris, a fait date. Il ont rappelé solennellement leur condamnation des attentats et leur attachement à la République.

«Front républicain des religions»
Devant les responsables religieux, Bernard Cazeneuve a défendu le bilan de l’état d’urgence tandis que les voix s’élèvent pour en dénoncer les excès. «Mais il ne nous a pas demandé d’être ses relais», précise le président de la Fédération protestante de France (FPF). A quelques jours de Noël, Cazeneuve, redoutant des tentatives d’attentats pour cette date très symbolique, a aussi appelé à une vigilance accrue autour des lieux de culte. «La sécurité, c’est une coproduction, estime, de son côté, le grand rabbin de France, Haïm Korsia. Chacun se doit d’être vigilant.» La plupart des responsables religieux ont d’ailleurs constaté une recrudescence de la fréquentation de ceux-ci depuis les attentats du 13 Novembre.

S’il existe bien une entente très cordiale entre les responsables des religions de l’Hexagone, ceux-ci renâclent à des opérations communes trop visibles. De peur que l’opinion publique, sourcilleuse sur la laïcité, ne perçoive «un front des religions». Au petit-déjeuner, Bernard Cazeneuve a évoqué un «front républicain des religions». L’expression plaît bien à Haïm Korsia. Elle enthousiasme moins François Clavairoly.

Source : Libération

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