Il faut ajuster notre religion à la société

La volonté de favoriser l’émergence d’un « Islam de France », en opposition à un « Islam en France », ressurgit à nouveau avec les débats « post 11 janvier » et les dernières mesures annoncées par le gouvernement pour accompagner l’avènement d’un Islam totalement en phase avec la réalité de la société française et respectueux des valeurs et des lois de la République.

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Le renouveau de l’Islam


Certains, parmi les musulmans, parlent même de la nécessité de « refondre la théologie musulmane »… pas moins !

Ceci est-il possible ? L’Islam est-il « réformable » ? et quels seraient les contours de cet « Islam de France » tant souhaité par les uns et les autres ?

Pour l’Islam, même si les portes de la révélation divine à travers les Prophètes et les Messagers sont closes, les portes du renouveau de la religion, aussi bien au niveau de la pensée et qu’au niveau de la pratique, resteront ouvertes jusqu’à la fin du Monde.

En effet, le Prophète de l’islam (PSL) confirme, à travers un Hadith célèbre, la nécessité de ce renouveau en affirmant que « Allah envoi à la Oumma (la nation islamique) tous les cent ans celui qui lui renouvellera sa religion ».

Le contexte de la société Française

Bien-sûr, il convient de préciser que ce « renouveau de la religion » ne peut concerner les principes immuables de l’Islam et ses grandes vérités. Mais, ce « renouveau » correspond à une action de « contextualisation » dans le temps et dans l’espace, pour la compréhension de la religion par les musulmans et l’ajustement de son application dans une société et une réalité en perpétuels développement et transformation.

C’est dans cette perspective que la notion d’un « islam de France » peut avoir du sens avec la prise en compte du « contexte » de la société française dans la traduction du « texte » sacré dans la pensée et la pratique religieuse des musulmans de France !

Le renouveau auquel les musulmans sont invités doit toucher tous les compartiments de la vie, même si dans la plupart des cas, c’est surtout « le renouveau de la pensée » qui se traduit par l’Ijtihad, à savoir « l’effort Intellectuel », qui est avancé.

La foi, la pratique et la pensée

Le renouveau de la foi vise à rectifier certaines interprétations de la religion ou certaines formes de religiosité. Il a aussi pour objectif d’élever la conduite et le comportement de l’homme vers une plus grande moralité pour lui-même et vers une plus grande miséricorde envers les autres.

Le renouveau de la pratique consiste à redonner vie à cette pratique religieuse pour une plus grande spiritualité et à éviter l’attachement à certaines « formes » de la pratique religieuse sans se préoccuper du « fond » et des finalités de cette pratique.

Le renouveau de la pensée pour les musulmans concerne les aspects qui se prêtent effectivement à l’Effort Intellectuel (Ijtihad) pour répondre justement aux variations et aux changements du « contexte ».

En effet, à travers l’Histoire, les savants musulmans ont eu des approches et des interprétations de la religion qui variaient sensiblement dans le temps et dans l’espace. Mieux encore, ces savants changeaient leurs points de vue et leurs conclusions d’un endroit à un autre et d’une époque à une autre.

L’adaptation 

Le meilleur exemple pour illustrer ceci est celui de l’Imam Achaffii, qui représente l’une des quatre écoles de jurisprudence en Islam, qui a changé sensiblement sa pensée et sa jurisprudence après avoir migré de l’Irak en Egypte.

Il avait donc deux approches : une Ancienne et une Nouvelle, une Irakienne et une Egyptienne.

En définitive, si nous constatons ce changement chez la même personne, qu’en est-il de surcroît si nous prenons en compte la variation du contexte et des situations d’une société à une autre et d’une époque à une autre !

L’Imam Ibn Al Qaym, illustre savant musulman, a réalisé une étude approfondie sur le sujet dont le titre à lui seul est édifiant. Cette étude s’intitule : « […] du changement de la Fatwa et de sa variation en fonction du changement des Epoques, des Espaces, des Environnements, des Intentions et des Habitudes ».

Si les Musulmans en général ont besoin d’un renouveau de la pensée et de la pratique religieuse et d’une ouverture sur leur environnement, ceci est encore plus crucial et plus urgent pour les Musulmans de France.

Les 7 défis des musulmans de France

Pour y arriver, les Musulmans de France doivent relever les défis suivants :

1. être porteurs d’un esprit de renouveau et d’ouverture, qu’ils doivent mettre en pratique à travers leurs engagements et leurs activités de tous les jours.

2. s’intégrer d’une manière positive dans la société, sans repli sur eux-mêmes, tout en dépassant la mentalité de « l’étranger » ou du « réfugié », et en abandonnant définitivement le mythe du « retour aux pays d’origine » pour certains.

3. contribuer à la vie de la nation dans les différents domaines politique, économique et social en assumant leur devoirs en tant que « citoyens à part entière », et non en tant que « citoyens entièrement à part ». En effet, ils ont les mêmes droits et les mêmes devoirs que tous les autres citoyens !

4. sur le plan politique, ils doivent s’engager dans les partis traditionnels du paysage politique français, et surtout ne pas créer un « Parti des musulmans de France » synonyme de communautarisme et d’enfermement.

5. coordonner leurs efforts afin d’innover et de mettre en place de nouvelles formes de religiosité qui, tout en respectant les aspects immuables de leur religion, prennent en compte leur contexte de vie avec ses contraintes, ses réalités et ses défis.

6. mettre en place un « Conseil Religieux » pour mener cette réflexion de fond. Ce conseil théologique pourrait être institutionnalisé par le CFCM et regrouperait plusieurs savants et référents religieux issus des différentes composantes de l’islam de France.

7. s’ouvrir davantage vers les autres religions, en renforçant les conditions d’un meilleur « vivre ensemble » avec toutes les composantes de la société française. L’objectif n’est surtout pas de former un « front des religions » mais plutôt de créer des espaces d’échange et de convivialité qui favorisent une meilleure connaissance mutuelle et une plus grande concorde entre les croyants de toutes confessions.

Il est certain qu’un tel renouveau et qu’une telle réforme ont besoin d’échanges, de réflexion et de débats entre les musulmans pour faire émerger enfin un « islam de France » qui soit à la hauteur des défis majeurs auxquels les musulmans de France doivent faire face en ces périodes troubles.

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