La viande Halal pourrait financer les mosquées

Enfin, la question d’une «réorganisation du culte musulman » en France est mise au cœur du débat public. Le 12 février, c’est Esther Benbassa, sénatrice EELV, qui a interrogé Manuel Valls sur ce sujet : « Comment accepter que l’Islam de France reçoive des financements d’un certain nombre de pays étrangers, quels qu’ils soient ? » Réponse du Premier ministre : « C’est une première question qui doit être posée ». « Nous ne pouvons que nous réjouir de cette prise de conscience, au plus niveau de l’Etat, de l’importante cruciale de la question de l’Islam de France, se félicite Anouar Kbibech, président du Rassemblement des musulmans de France, et vice-président du Conseil français du Culte Musulman (CFCM).

Par Irène Inchauspé, Journaliste, L’Opinion.
Les faits – Le Premier ministre Manuel Valls a annoncé que le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, allait engager un cycle de consultations très large pour poser «toutes les questions» sur l’avenir de l’organisation du culte musulman. Au centre des discussions : le financement des lieux de culte et la formation des imams.
Enfin, la question d’une « réorganisation du culte musulman » en France est mise au cœur du débat public. Le 12 février, c’est Esther Benbassa, sénatrice EELV, qui a interrogé Manuel Valls sur ce sujet : « Comment accepter que l’Islam de France reçoive des financements d’un certain nombre de pays étrangers, quels qu’ils soient ? » Réponse du Premier ministre : « C’est une première question qui doit être posée ». « Nous ne pouvons que nous réjouir de cette prise de conscience, au plus niveau de l’Etat, de l’importante cruciale de la question de l’Islam de France, se félicite Anouar Kbibech, président du Rassemblement des musulmans de France, et vice-président du Conseil français du Culte Musulman (CFCM). Nous ADMIN avions alerté plusieurs fois le gouvernement sur notre manque de moyens, notamment pour former les imams et financer les mosquées. » Mais, ajoute-t-il, il va falloir désormais trouver des moyens financiers franco-français.
Pour Florence Bergeaud-Blackler, chargée de recherche au CNRS (Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman), « on parle de “besoins” financiers du culte musulman en France ; le CFCM en a-t-il jamais produit une évaluation précise ? Cela fait quarante ans que des leaders musulmans français font la tournée des pays d’origine et des pays donateurs du Golfe pour financer des mosquées, ces derniers ne font pas cela gratuitement. Des financements d’origine française feraient-ils disparaître ces pratiques ?»
Dans l’Opinion, Anouar Kbibech estimait qu’il faudrait construire 2500 lieux de culte, à 500 000 euros par salle de prières et plusieurs millions par mosquée… Comment faire puisque l’épargne des musulmans de France n’y suffira pas ? L’une des idées, véritable serpent de mer, consisterait à financer le culte musulman grâce à la viande halal, dont le marché est évalué à 5,5 milliards d’euros par an.
Trois mosquées se partagent le marché. Jusqu’à maintenant, trois grandes mosquées, celles de Paris, Evry et Lyon, se partagent cette manne, Paris se taillant la part du lion. Elles sont les seuls organismes religieux habilités par le ministère de l’Intérieur à pouvoir « agréer » des sacrificateurs. D’après les comptes publiés, l’agence de certification de la Mosquée de Paris ne dégage que 370 000 euros de résultat. Quant à celle de Lyon, elle ne gagne pas d’argent. Mais cela ne représente que la partie émergée de l’iceberg. Chez tous les grands distributeurs et dans les boucheries spécialisées, le rayon halal vend des viandes qui comportent un tampon de l’une des trois grandes mosquées. Facturé à 10 ou 15 centimes par kilo, cet estampillage rapporte gros. Or pour ces grandes mosquées, notamment celle de Paris qui n’a pas de problème de financement, ces sommes ne sont que de l’argent de poche. Il faudrait donc tout remettre sur la table, et éventuellement casser cet oligopole pour permettre d’affecter les recettes à la construction de nouveaux lieux de cultes.
Une autre solution serait de faire payer une taxe aux 30 000 musulmans de France qui partent chaque année faire le grand pèlerinage de La Mecque, sachant que cela leur coûte entre 4000 et 10 000 euros. En faisant payer 100 euros par pèlerin, cela rapporterait 3 millions d’euros par an. En échange de l’acquittement de cette somme, les conditions de voyage et de séjour pourraient être garanties, par exemple par le CFCM.
Ces moyens de financement sont loin d’être mis en place. « Le CFCM est une structure religieuse artificielle qui se fait surtout connaître par ses disputes internes, comme celle sur le choix de la date de début du Ramadan, estime Florence Bergeaud-Blackler. Imaginer que ses composantes pourraient s’entendre sur l’organisation d’une taxe religieuse, sorte de “cacheroute halal” est, à mon avis, un leurre. » Quand les couples ne s’entendent plus, les questions d’argent deviennent toujours stratégiques.

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